Édito : Espérance… dans la tempête…

Voici maintenant 10 jours que le rapport Sauvé sur les abus sexuel dans l’Église est sorti… Il y a 15 jours, un communiqué de notre évêque, lu aux messes, vous préparait à recevoir ce rapport choc, mais peut-on jamais être préparé à de telles révélations ? Puis, il y a eu le déferlement médiatique autour de la publication elle-même. Je me décide maintenant à vous écrire à mon tour : je ne l’ai pas fait avant, et je n’ai pas parlé de cela lors des messes de ce dimanche pour plusieurs raisons :
D’abord il m’a fallu du temps pour découvrir et prendre la mesure de tout ce qui nous est révélé dans ce rapport. Quand on se retrouve devant une réalité aussi invraisemblable, quand on est touché par l’évocation de tant de souffrances, mais aussi par tant de perversité humaine, il faut un peu de temps pour en prendre la mesure.
En moi remontent des souvenirs de confidences reçues et de visages de personnes accompagnées, victimes aux prises avec leur souffrance et les conséquences toujours vives, même des années après… Ce que j’ai pu approcher par des histoires individuelles se détache maintenant sur le fond de ces horreurs dévoilées en masse, et il faut du temps pour réaliser et pour réagir.
Et puis il y a une autre raison toute aussi vraie. J’avais besoin d’entendre vos réactions, vos cris de désarroi ou de colère, vos témoignages ou vos interrogations… Bref, je ne voulais pas faire de la théorie, j’avais besoin d’être dans la relation avec vous, cette communauté de la baie de la Baule et Pornichet, surplombée par Escoublac, faite non de dossiers, mais de personnes bien vivantes.
Ce que je ressens avec vous tous, c’est l’horreur de ces situations de violences, d’abus et de perversion. Ce que je ressens avec vous et mes confrères, c’est la honte que tout cela ait pu se produire, si souvent et si longtemps, abimant si profondément tant de personnes, tant de vies. C’est aussi la tristesse de voir ainsi abîmé notre rapport à l’Église, qui est pourtant bien plus que ces personnes fautives et criminelles et que nos silences, eux aussi fautifs et criminels.
Ce que je découvre, c’est un corps du Christ humilié, bafoué, abimé qui rappelle le crucifié, mais qui, au lieu d’« attirer à lui tous les hommes » selon la prophétie du Christ (CF Jn 12, 32) semble au contraire, à cause de quelques hommes, repousser, loin de l’Amour de Dieu, une multitude de victimes et plus encore ceux qui ne peuvent accepter que cela se soit passé. Là où devrait régner l’Amour du Christ, la défiance, le dégoût, la colère domine.
Ce que je reçois aussi, ce sont tant de chrétiens qui, courageusement et humblement, assument et portent douloureusement le poids de cette infamie qui n’est pourtant pas la leur mais que, comme membres de l’Église, ils acceptent comme leur croix.
Alors ce que je voudrais dire tient en trois mots :
Pardon – Merci – et Espérance.
Pardon à tous ceux qui souffrent et ont souffert à cause de ces abus dans l’Église ; je ne crois pas en avoir jamais été l’auteur, je me sais coresponsable pour ma honte de ce qui a pu arriver dans cette Église qui fait partie de moi comme je fais partie d’elle.
Merci à tous ceux qui luttent pour que les choses changent, à tous ceux qui accompagnent les victimes et leurs proches, à tous ceux qui prient et résistent dans la tourmente pour que ne soit pas confondue la perversion des hommes et l’annonce de la Bonne Nouvelle.
Espérance, avec la promesse faite par le Christ : « La Vérité vous rendra libre », (Jn 8, 32). Cette étape si douloureuse était nécessaire. Et comme le rite pénitentiel de la messe nous permet d’entrer avec un cœur purifié dans la liturgie de la Parole et la célébration Eucharistique, ainsi cet effort de vérité est une invitation à une conversion radicale qui nous permettra de réentendre l’appel du Christ et de recevoir à frais nouveaux la grâce de son Amour, celui qui l’a mené jusqu’à la Croix.

C’est vrai, nous sommes, je suis dans la tempête, mais pas sans Espérance. Ma souffrance de prêtre, qui voudrait transmettre l’Amour de Dieu et qui contemple aujourd’hui plutôt le désastre de tant de vies sacerdotales dévoyées, n’est rien en regard des blessures de tant de victimes, mais peut-être peut-elle m’aider, en me faisant plus proche de ceux qui souffrent, à mieux témoigner que le Christ rejoint tout homme, même le plus blessé. 
Auprès de la piscine de Bethzatha, un homme était malade depuis 38 ans quand Jésus l’a sauvé…
Il n’est jamais trop tard. Il est temps d’Espérer.

P. Christophe

 

Lire le résumé du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église

Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Resume

Lire le rapport complet de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église

Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Les-violences-sexuelles-dans-l-Eglise-catholique-France-1950-2020