Lectio Divina du 24 juillet

Avant tout je vous propose un temps de prière autour du texte d’évangile, selon la méthode dites de la « lectio divina » (lecture divine, lecture de la Parole divine) en groupe (la famille ou personnellement) la méthode est juste ci-dessous.

Ensuite je reprends le texte et vous invite à une méditation partie par partie. Cela devrait vous aider à mieux comprendre le texte et à mieux l’assimiler mais rien ne vaut le temps de prière initial.

         Bonne réflexion et prions les uns pour les autres !

Père Christohpe

LECTIO DIVINA : LA METODE

1- lire silencieusement le texte évangélique pour une meilleure compréhension

2- lire à haute voix (une personne) sans lenteur ni précipitation

Silence pour intérioriser (3 minutes)

Expression libre : chacun est invité à dire le groupe de mots du texte qui lui parle, le touche ; les autres écoutent et accueillent sans questions ni commentaires

3- Relire le texte à haute voix (une autre personne)

Silence pour intérioriser (5 minutes) : qu’est-ce qui me parle aujourd’hui ; comment cela touche-t-il ma vie ?

Expression brève pour ceux qui le souhaitent

4- relire le texte à haute voix (une troisième personne)

Silence pour intérioriser (5minutes) : Quelle prière monte en moi ?

Expression libre et brève d’une prière

Terminer par un Notre Père en commun

 

Evangile de Jésus Christ selon st Luc (Lc 11, 1-13) 

01 Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » 

02 Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. 

03 Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. 

04 Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. » 

05 Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami, prête-moi trois pains, 

06 car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.” 

07 Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.” 

08 Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. 

09 Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. 

10 En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. 

11 Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? 

12 ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? 

13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » 

 

Lecture ligne à ligne 

01 Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière.  

Les versets qui précèdent immédiatement ce texte et qui concluent le chapitre 10 de saint Luc sont ceux de l’épisode de Marthe et Marie. Nous sommes dans ce qu’on appelle la section péréenne ou grande incise (Lc 9, 51-18,14) qui relate toute une série d’événements et de rencontres ou paroles du Seigneur en les plaçant durant le chemin (d’où le nom péréenne = durant la pérégrination) vers Jérusalem. L’épisode précédent se situe à Béthanie, chez Marthe, or Béthanie est aux portes de Jérusalem, comme si Jésus était presqu’arrivé. Pourtant, nous sommes encore au début de la section et donc théoriquement du chemin. Cela nous montre que pour Saint Luc, le plus important n’est pas la chronologie ou la géographie, mais le sens et le contexte de ce qu’il enseigne. Ainsi cette section commence par l’envoi des disciples en avant de Jésus. Le chemin qu’accomplit Jésus est un signe de sa mission et celle-ci est partagée par les disciples qui prendront sa suite. Viennent ensuite les fondements de la mission : le grand commandement (accompagné de la parabole du bon Samaritain) et le rappel de l’importance de la mission et de la vocation (Marthe et Marie) avec le rappel que Dieu est « la seule chose nécessaire ».  

Le texte qui vient ensuite est un enseignement sur la prière. Comme nous le voyons par ce verset, ce n’est là encore ni le temps (« il arriva ») ni le lieu (« en un certain lieu ») qui intéresse l’évangéliste. Les différentes paroles n’ont donc pas forcément été prononcées à la suite mais elles se renvoient les unes aux autres et constituent un enseignement unique et harmonieux. 

Le vague des indications sous-entend aussi que cela arrivait très fréquemment que Jésus soit en prière. C’est en effet une insistance de l’Evangile de saint Luc. Si tous les évangélistes en parlent bien sûr, Saint Luc est celui qui y revient le plus souvent. Notamment :  

  1. Quand la notoriété vient pour garder le contact serein avec son Père :   
  1. Mais lui se retirait dans les endroits déserts, et il priait. (Lc 5, 16) 
  1. Pour appeler ses disciples en accord avec son Père qui l’a envoyé 

12 En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. (Lc 6, 12) 

  1. Avant d’interroger les disciples et de provoquer la confession de foi de Saint Pierre, inspirée de « son Père » 

18 En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea (Lc 9, 18) 

  1. Lorsqu’Il décide de manifester sa divinité dans la transfiguration, et de recevoir le témoignage du Père : 

28 Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. 

29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre (Lc 9, 28-29) 

  1. En action de grâce à son Père pour la mission des disciples 

21 À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange (Lc 10, 21 

  1. Pour que Saint Pierre puisse remplir sa mission 

32 Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. (Lc 22, 32) 

  1. En agonie : 

41 Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. S’étant mis à genoux, il priait en disant : 

42 « Père… (Lc 22, 41-42) 

  1. Sur la Croix : 

34 Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23, 34) 

Et 

46 Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » (Lc 23, 46) 

Et bien sûr le texte que nous lisons : « Quand vous priez, dites : Père, » (Lc 11, 2) 

Tous ces textes nous font mieux entrevoir et comprendre le lien du Fils au Père : mission et discernement, action et dévoilement de la puissance et de l’amour qui les unit, joie de sauver et désir de s’offrir pour les hommes (le Fils) et de recevoir dans la justice l’humanité réconciliée (pour le Père) … 

Et nous ? Comment percevons-nous l’unité des personnes divines ? Qu’est-ce que cet amour de communion nous enseigne ou bien nous apporte ?  

Comment pouvons-nous nous inspirer de cet exemple pour remettre entre les mains de Dieu nos choix et nos décisions, notre vie et notre avenir… 

Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : 

Voici que l’évangéliste prend soin de dire que le disciple a attendu qu’Il ait terminé. Cela nous montre :  

Le respect que les disciples ont pour cette prière, ils comprennent l’importance de ce dialogue entre le Père et le Fils. Lorsque le discours se prolonge, les disciples l’interrompent pour demander que Jésus renvoie la foule : 

il leur parlait du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin. 

12 Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » (Lc 9, 11-12) 

Lorsque Jésus dort dans la tempête, ils interrompent son repos par peur de périr :  

23 Pendant qu’ils naviguaient, Jésus s’endormit. Une tempête s’abattit sur le lac. Ils étaient submergés et en grand péril. 

24 Les disciples s’approchèrent et le réveillèrent (Lc 8, 23-24) 

Mais ici, ils attendent. Peut-être y a-t-il moins d’urgence, mais aussi sans doute sont-ils dans la contemplation d’un dialogue si intime qu’ils en comprennent le caractère sacré et n’osent pas interférer. Respect, contemplation (sans doute émerveillée, imaginez ce que cela devait être de voir le Père et le Fils ainsi conversés) et envie qui provoque la demande du disciple, voilà ce que nous découvrons. 

Et nous ? Comment qualifierions-nous notre prière ? Est-elle un vrai dialogue avec Dieu ? Est-elle un moment d’intimité avec Dieu ? Nous donne-t-elle envie, à nous et à ceux qui nous voient prier, de continuer, et d’aller plus loin encore ? Je me souviens d’avoir eu le privilège d’assister à la messe « privée » (dans le sens que seuls les invités pouvaient y assister car bien sûr une messe n’est jamais un acte privé mais toujours une action de l’Eglise toute entière) du pape Saint Jean Paul II encore assez en forme (1991). Malgré l’agitation de la préparation et de l’arrivée des célébrants et de l’assemblée, son regard n’a pas dévié, son visage n’a pas bougé, il était en contemplation, abîmé dans l’amour de Dieu. Je peux vous assurer qu’il donnait envie de vivre cela… de prier comme lui ! 

 « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » 

Ce n’est pas un scoop : Jean Baptiste aussi avait des disciples, nous entendons que deux d’entre eux sont envoyés par le prophète lui-même à la suite de Jésus :  

35 Le lendemain encore, Jean se trouvait là avec deux de ses disciples. 

36 Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » 

37 Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus. (Jn 1, 35-37) 

Et ailleurs :  

Il lui envoya ses disciples et, par eux, 

03 lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2-3) 

Ainsi Saint Jean Baptiste reconnaît en Jésus « celui qui doit venir », le messie et envoie vers lui ses disciples de sorte que les disciples des deux se connaissent. Mais maintenant nous apprenons que Saint Jean Baptiste apprenait à ses disciples à prier. Nous aurions aimé avoir cet enseignement de celui que Jésus désigne comme le plus grand parmi les enfants des hommes. Mais nous allons avoir mieux : l’enseignement du « Fils de l’homme » lui-même. 

Peut-être sera-t-on étonné que les disciples fassent une telle demande si tard dans l’Evangile, alors qu’ils ont déjà été envoyés en mission. A cela, répondons en rappelant que la chronologie n’est pas une science exacte pour Saint Luc. Mais reconnaissons aussi que rien ne dit que les disciples ne priaient pas avant. Simplement, émerveillés par la prière de Jésus, ils ne se contentent plus de leurs pauvres prières, ils veulent apprendre à prier comme lui.  

Et nous ? Sommes-nous toujours prêts et désireux de grandir dans la prière ? Voulons-nous apprendre à prier comme le Seigneur ? Avons-nous assez d’humilité pour reconnaître que nous devons grandir et assez de désirs pour nous mettre en chemin ? 

02 Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père,  

La réponse est immédiate et limpide. La prière n’a pas de secret pour Jésus et la meilleure façon d’enseigner à prier est évidente pour lui. Le premier mot de la prière est important : « Père ». Nous venons de voir que Saint Luc met en évidence dans la prière le lien non seulement de proximité mais d’unité de paroles, d’actions et d’intentions entre le Père et le Fils. Voici que celui-ci nous invite à entrer dans cette unité.  

Pour un juif de l’époque, dire que Dieu est le créateur de tous et le père du peuple d’Israël est une habitude qui date au moins d’Isaïe le prophète, Cinq siècles auparavant :  

07 Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main. (Is 64, 7) 

Mais le mot ici est le mot familier pour dire « papa ». Il est plus affectueux que ce que le respect dû au Seigneur imposait avant la prière du Christ.  

Nous n’avons pas ici le mot « notre » comme dans la version de Saint Matthieu (Cf Mt 6, 9), mais puisque chacun doit dire « Père », c’est que nous avons tous le même, que nous nous adressons à lui d’une même parole, cela revient au même. En fait, cela introduit l’une des différences entre les deux versions de cette prière : Quand Matthieu privilégie une forme plus parfaite, équilibrée, belle et simple, Luc privilégie la brièveté et l’essentiel, sans fioriture, sans répétition, sans rien qui ne soit absolument nécessaire et utile. Cette intensité est peut-être une assurance de ne rien oublier et de ne rien dévaloriser. Voilà pourquoi pour nous la version de Saint Matthieu reste la plus parlante mais cette version de Saint Luc est précieuse pour mieux en mesurer la puissance. 

Et nous ? Réalisons-nous quelle chance nous avons de pouvoir appeler Dieu « papa » ? Bien sûr, il a tout créé et nous a donné la vie ; à ce titre, il peut être appelé « Père » ; bien sûr, nous faisons partie de l’Eglise, le nouveau peuple de Dieu qui, comme Israël, peut donc parler en vérité de Dieu comme d’un Père, mais surtout, par le baptême et dans le Christ, nous découvrons un lien nouveau et personnel qui ne fait plus de nous de simples créatures, de simples images ou de simples membres d’un peuple particulier. Ce lien est un lien de filiation authentique qui n’est plus, par le fait d’une vie reçue, mais par le choix de Dieu de venir partager notre condition et de nous identifier à Lui. C’est pour cela que par nature nous avons Dieu pour Père mais nous ne sommes pas ses enfants. C’est la grâce qui fait de nous des fils dans le Fils unique.  

que ton nom soit sanctifié,  

Sanctifier signifie faire saint, rendre saint. Saint est un nom de Dieu. On trouve ainsi dans la première lettre de saint Pierre :  

à l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, 

16 puisqu’il est écrit : Vous serez saints, car moi, je suis saint. (1pi 1, 15-16) 

Et ce « il est écrit renvoie au livre du lévitique qui déclare :  

02 « Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël. Tu leur diras : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. (Lv 19, 2) 

Le Seigneur affirme donc dans le Premier comme dans le nouveau Testament « je suis saint ». Saint est un nom pour Dieu. Ainsi sanctifier le nom du Père n’a pas de sens en soi. Mais pour nous, il en a beaucoup. C’est ce que Dieu explique à travers la prophétie d’Ezéchiel :  

23 Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d’elles. Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. (Ez 36, 23) 

La première chose est de constater que Dieu lui-même sanctifie son nom. Nous en sommes incapables car nous ne sommes pas assez saints pour cela.  

En second lieu, nous voyons que “sanctifier” trouve son opposé exact dans le mot “profane”r. Autrement dit : par nos paroles et nos actes, nous pouvons profaner le nom de Dieu, lui refuser la sainteté, le caractère sacré et parfait qu’il possède pourtant en plénitude. En ne respectant pas le Seigneur, mais aussi en usant de son nom à mauvais escient :  

07 Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son nom. (Ex 20, 7) 

C’est le troisième commandement rapporté par Moïse. Sanctifier le nom du Seigneur est donc restaurer sa dignité, sa sacralité à nos propres yeux et aux yeux de tous.  

Et en dernier lieu nous voyons que cette sanctification se fait par la manifestation de la sainteté de Dieu à travers son peuple. Cette manifestation se fait par sa miséricorde qui pardonne et qui aime et par sa providence qui protège et qui comble de bienfaits. Là encore, nous voyons que si c’est à travers nous, c’est Dieu qui agit et sanctifie son nom. Demander à Dieu « que ton nom soit sanctifié » c’est donc lui demander d’agir en nous par sa miséricorde et la bonté de sa providence pour que nous soyons pardonnés, réconciliés et comblés de son amour, manifestant ainsi que, si nous sommes pécheurs, Dieu lui est saint. 

Et nous ? Qua faisons-nous pour que la sainteté de Dieu rayonne à travers nous ? Manifestons-nous la bonté et la miséricorde de Dieu par nos vies et nos actes ? Espérons-nous que Dieu agisse ainsi envers nous et à travers nous pour nos amis ? 

que ton règne vienne. 

Cette phrase aussi nous renvoie au Dieu créateur. Le Tout Puissant qui régit toute la création. Il règne car c’est par lui que tout existe et que sans lui rien n’existe. C’est ce que rappelle le prologue de l’Evangile de Saint Jean :  

C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. (Jn 1, 3) 

Mais le thème du règne va plus loin car elle sous-entend aussi que nous acceptons ce règne, que nous reconnaissons et choisissons que Dieu soit notre roi. C’est ce qu’évoque ce texte un peu long du livre de Josué :  

15 S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. »  

16 Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! 

17 C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. 

18 Et même le Seigneur a chassé devant nous tous ces peuples, ainsi que les Amorites qui habitaient le pays. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. » 

19 Alors Josué dit au peuple : « Vous ne pouvez pas servir le Seigneur, car il est un Dieu saint, il est un Dieu jaloux, qui ne pardonnera ni vos révoltes ni vos péchés. 

20 Si vous abandonnez le Seigneur pour servir les dieux étrangers, il se retournera contre vous, il vous fera du mal, il vous anéantira, lui qui vous a fait tant de bien. » 

21 Le peuple répondit à Josué : « Mais si ! Nous voulons servir le Seigneur. » 

22 Alors Josué dit au peuple : « Vous en êtes les témoins contre vous-mêmes : c’est vous qui avez choisi de servir le Seigneur. » Ils répondirent : « Nous en sommes témoins. » 

23 Josué reprit : « Alors, enlevez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous, et tournez votre cœur vers le Seigneur, le Dieu d’Israël. » 

24 Le peuple répondit à Josué : « C’est le Seigneur notre Dieu que nous voulons servir, c’est à sa voix que nous voulons obéir. » (Jos 24, 15-24) 

Le choix est donné, l’avertissement sur la sainteté et donc l’exigence de Dieu sont  lancés, et le peuple prend ses responsabilités.  

Et nous ? Choisissons-nous le Seigneur pour que son règne vienne ? Voulons-nous vraiment qu’Il règne sur nous ? 

03 Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. 

Puisque le règne implique la volonté, Saint Luc qui va au plus court ne développe pas ce qui pourrait paraitre redondant dans la formule de Saint Matthieu. De même il n’évoque pas « sur la terre comme au ciel » tant il lui semble évident que Dieu règne partout.  

Nous en arrivons donc déjà à la demande du pain quotidien. La demande pour chaque jour insiste sur le fait qu’il n’y a pas « d’avance », de réserve, il s’agit de faire confiance à Dieu qui donne à chaque jour ce dont nous avons besoin. Jésus nous dit ailleurs :  

25 C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? 

26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? (Mt 6, 25-26) 

Le “donne-nous” ne signifie pas que nous ne devions pas travailler car c’est la condamnation de l’homme pécheur depuis la genèse :  

17 Il dit enfin à l’homme : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé le fruit de l’arbre que je t’avais interdit de manger : maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie. 

18 De lui-même, il te donnera épines et chardons, mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs. 

19 C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain … (Gn 3, 17-19) 

Cela signifie plutôt que nous savons que malgré tous nos efforts, c’est Dieu et Dieu seul qui nous donne ce dont nous avons besoin, car il règne, il est maître de tout. 

Enfin, le pain dont nous avons besoin s’entend de la nourriture terrestre dont nous avons besoin pour vivre, mais aussi de l’Eucharistie qui doit nous être un besoin car elle nourriture pour la vie éternelle. 

Et nous ? Avons-nous cet esprit de pauvreté qui nous fait nous contenter de ce qui est utile pour aujourd’hui ? Avons-nous cette humilité de nous reconnaitre « serviteurs inutiles » (cf Lc 17, 10). Comment enfin mettons-nous l’Eucharistie au cœur de chacune de nos journées (même si nous ne pouvons pas tous aller à la messe tous les jours) pour nous nourrir quotidiennement de cette nourriture céleste ? 

04 Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous.  

La demande « pardonne-nous » est naturelle et évidente car nous savons tous que nous ne sommes pas saints, pas parfaits et que nous avons besoin de la miséricorde de Dieu. Mais alors la suite « car nous-mêmes… » devient plus problématique. La miséricorde de Dieu n’est-elle justifiée que par la nôtre, comme si nous étions un exemple pour Dieu ? ou bien la miséricorde de Dieu n’est-elle qu’à la mesure de notre propre miséricorde, comme si Dieu n’était pas plus saint ou miséricordieux que nous ? 

Dans les béatitudes déjà nous trouvons :  

07 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. (Mt 5, 7) 

Cette formulation peut commencer à nous éclairer : ils obtiendront miséricorde, signifie que la miséricorde est là mais que tous ne l’obtiennent pas. Seuls les miséricordieux l’obtiendront. Ainsi Dieu est prêt à faire miséricorde mais tous ne peuvent pas recevoir cette miséricorde. Ainsi, notre propre capacité à pardonner et à aimer est une condition nécessaire pour que l’amour de Dieu nous rejoigne. On pourrait donc reformuler la phrase de cette prière en disant : « pardonne-nous nos péchés car, puisque nous même nous pardonnons, rien n’empêche que tu nous pardonnes ».  

Nous comprenons ainsi que la miséricorde de Dieu n’est pas conditionnelle, ni proportionnée à notre propre amour mais que c’est notre capacité à accueillir, à recevoir et à profiter de cette miséricorde qui dépend de notre capacité à pardonner. 

Et pour ceux qui s’étonnent qu’il y ait ainsi une condition à l’Amour de Dieu : notre capacité à pardonner, voici une explication qui n’est sans doute pas la seule mais qui semble convenir. Celui qui ne pardonne pas estime que son frère est impardonnable. S’il est impardonnable c’est que ce frère n’a, ni circonstances atténuantes (le contexte, une mauvaise compréhension, de mauvaises habitudes), ni faiblesses compréhensibles ou acceptables : erreurs, fatigue, limites humaines… Mais si tu estimes que ton frère est ainsi, c’est que tu ne reconnais pas que toi aussi, tu as de telles faiblesses, sinon, tu saurais que ton frère, qui est ton égal, possède le même genre de faiblesse que toi. Si tu ne reconnais pas tes faiblesses, alors tu ne veux pas être pardonné. Si tu ne le veux pas, Dieu ne te pardonnera pas « malgré toi » !  

Autrement dit, s’il y a une condition à la miséricorde de Dieu, c’est ta liberté. Libre à toi de vouloir être pardonné, mais si tu veux être pardonné, tu dois comprendre que les autres le veuillent aussi et donc, tu dois être toi-même dans une logique de pardon. Sans doute sera-t-elle moins parfaite et absolue que la miséricorde divine mais elle doit exister tout de même. 

Et nous ? Sommes-nous prêts à pardonner ? Avons-nous suffisamment conscience de nos faiblesses pour accepter celles des autres ? Notre liberté est-elle un moyen de nous rapprocher de Dieu en choisissant l’amour ou un obstacle en refusant la miséricorde ? 

Et ne nous laisse pas entrer en tentation. » 

La question n’est pas de la tentation. La prière ne dit pas : “évite nous toute tentation !”. La tentation en soi n’est pas mauvaise puisque Jésus lui-même a été tenté. Le problème n’est pas de voir surgir dans nos vies la tentation comme un chemin qui nous inviterait sur une fausse route, comme une large porte qui mène à la perdition. Le problème est d’entrer en tentation, c’est-à-dire de prendre ce chemin, de franchir cette porte. Ce n’est pas encore le péché, mais c’est le chemin qui y conduit. Entrer en tentation est le contraire de repousser ou de combattre la tentation. Regardons le péché de nos premiers parents :  

01 Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » 

02 La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. 

03 Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” » 

04 Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! 

05 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » 

06 La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. (Gn 3 , 1-6) 

Vous le voyez, la femme n’est pas allée chercher le serpent, elle n’est en rien responsable de cette rencontre. Mais elle ne l’a pas repoussé, elle a accepté de discuter avec lui, elle entre en tentation. Quand il déclare que Dieu a tort ou a menti, elle ne refuse pas de l’écouter, elle ne le chasse pas, elle ente en tentation. Quand l’arbre montre ses beaux fruits, elle ne s’enfuit pas, elle se met à désirer et convoiter ses fruits, elle entre en tentation. Alors les raisonnements du serpent, la beauté du fruit et le désir de la connaissance du bien et du mal sont plus forts qu’elle et puisqu’elle n’a pas repoussé la tentation, qu’elle y est entrée, elle est aussitôt vaincue. Et Adam ne repousse pas la proposition de sa femme, il fait comme elle et est vaincu comme elle. 

Regardons maintenant le Seigneur :  

01 Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. 

02 Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. 

03 Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » 

04 Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » 

05 Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple 

06 et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » 

07 Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » 

08 Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. 

09 Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » 

10 Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » 

11 Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient. (Mt 4, 1-11) 

Voyez que de la même façon, Jésus n’est en rien responsable de cette rencontre : Il est au désert, poussé par l’Esprit, c’est le tentateur qui le poursuit. Par trois fois, la tentation survient mais Jésus ne discute pas ou ne prête pas l’oreille : aussitôt, il invoque la Parole et même crie et refuse « arrière Satan ». A aucun moment, il n’entre en tentation.  

Ainsi nous comprenons que nous ne sommes pas responsables de la tentation mais d’y entrer. Que nous sommes faibles par rapport à la tentation et donc qu’y entrer, c’est déjà être vaincu. Mais que comme Jésus, nous pouvons refuser la discussion, nous refugier dans la Parole et la confiance en Dieu pour ne pas tomber. C’est le conseil que Jésus donne aux saints Pierre, Jacques et Jean au soir de sa Passion :  

41 Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 41) 

Et nous ? Comment gardons-nous la vigilance dans la Parole et la prière pour ne pas risquer d’entrer dans quelle que tentation qui se présente à nous ? Comment vivre de cette prière perpétuelle ? Il nous faut tout faire et vivre en nous posant la seule question qui vaille en tout : que ferait Jésus à ma Place ? Seule cette manière d’agir avec le Christ et comme le Christ en toute chose nous permettra de repousser immédiatement et efficacement toute tentation. 

05 Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander :  

Le « encore » qui suit immédiatement la prière nous montre que cette nouvelle parole, une parabole, reste sur le même thème.  

La première phrase de cette parabole nous apprend deux choses : Il est question d’amis et il n’y a pas d’heure pour la prière. Nous devons donc bien comprendre que la prière est d’abord une histoire d’amour. Nous n’allons pas tant vers un maître, un Seigneur, un puissant, même si Dieu est tout cela, nous allons vers un Père, un frère, un défenseur, un ami. Ensuite, Dieu n’est pas comme nous, il n’est pas soumis au temps, Il est éternel. Le milieu de la nuit n’est donc pas un problème pour lui. 

Et nous ? Notre prière est-elle une question de devoir ? d’habitude ? ou d’amour ?  

“Mon ami, prête-moi trois pains, 

Deuxième phrase, deuxième fois le mot “ami” ! Le Christ insiste. Et la demande est singulière. Il ne demande pas du pain, ou un pain, mais bien trois pains. Si nous en revenons à la prière précédente, nous voyons qu’il y a là allusion à la base de toute nourriture mais aussi une allusion à l’Eucharistie. De même trois pains pour deux amis : cela semble beaucoup, mais le signe “trois” nous renvoie aux trois personnes de la Trinité, ce qui signifierait qu’ultimement toute prière est une demande à Dieu-même de se donner. Le chiffre trois peut aussi renvoyer aux trois chemins que nous pouvons emprunter pour aller jusqu’à Dieu, la foi qui nous le fait connaître, l’espérance qui nous fait l’apercevoir, et la charité qui nous fait l’aimer. Dans cette interprétation, le but de la prière est l’union à Dieu. 

Et nous ? Qu’attendons-nous de la prière ? Avons-nous conscience qu’au bout du compte, notre prière nous convertira ou ne servira à rien ? 

06 car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.” 

Troisième parole, troisième fois le mot « ami », Si nous n’avons pas encore compris… 

Comment comprendre cette demande ? en relisant la parabole des vierges folles et des vierges sages (Mt 25 1-13). Dans cette autre parabole 5 jeune filles attendant l’époux sont prises au dépourvu. Elles demandent aux cinq autres qui les renvoient chez les marchands. Le temps de trouver de l’huile, l’époux est arrivé, les portes sont fermées, les jeunes filles sont rejetées. Ici, point de cela, c’est une histoire d’amis ! La demande est confiante et elle ne sera pas rejetée.  Les deux différences sont : la demande commence par « mon ami prête-moi » quand les vierges insouciantes disent « donnez-nous ». Il n’est pas question d’amitié, il est question d’exigence sans assumer sa propre faiblesse (prête-moi) Pour cela, elles sont rejetées. Celui qui se présente comme un ami, qui demande un prêt, qui montre ainsi qu’il reconnait son erreur ou son imprévoyance mais qu’il est prêt à réparer, celui-là est agréé. 

Et nous ? comment formulons-nous nos demandes au Seigneur ? Le considérons-nous comme celui qui donne toujours, comme si c’était obligatoire ou automatique ? Ou bien sommes-nous comme de pauvres pécheurs qui se savent très aimés, prêts à reconnaître humblement nos faiblesses pour accueillir avec gratitude le don de Dieu ? 

07 Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.” 

Si la réponse est vraie et sensée, elle nous surprend car elle ne fait pas preuve de bonté ou de sollicitude. En fait, elle fait penser à la situation du juge inique dans une autre parabole :  

02 « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. (Lc 18, 2) 

La réponse de l’ami est en effet sans égard pour le commandement sur l’amour du prochain (ne respecte pas les hommes) qui est, d’après le Seigneur, égal au commandement de l’Amour de Dieu (ne craignait pas Dieu). 

Et nous ? Comment cherchons-nous à vivre ce double commandement de l’amour :  

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » (Lc 19, 27) 

08 Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami,  

et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. 

Voici la suite de la parabole du juge inique qui montre bien que nous sommes dans des situations comparables : 

il se dit : “Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, 

05 comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.” » Mt 18, 4-5) 

La leçon de cette parabole est que même un homme mauvais va, à la fin, faire ce qui est juste. A plus forte raison, Jésus nous montre ici qu’entre amis, la persévérance ou l’audace seront payantes et susciteront la bonté. Et n’oublions pas que cette parabole vient dans le contexte de l’enseignement sur la prière : l’importun, c’est nous et l’ami, c’est Dieu. Voici donc deux endroits (les deux paraboles ici comparées) où Jésus n’hésite pas à comparer Dieu à un juge inique ou un ami mal disposé, bref à une personne mauvaise. Mais bien sûr, cette comparaison n’est qu’une étape : la personne mauvaise fera tout de même ce qui est bien et à plus forte raison, Dieu qui est bon comblera-t-Il de bien les hommes. 

Notons que cela finit par « il lui donnera tout » ce qui correspond bien à ce qui a été dit sur le but ultime de toute prière : Dieu lui-même. 

Et nous ? Comment considérons-nous le Seigneur dans nos prières ? Surtout quand nous attendons ou ne comprenons pas sa réponse ? Le considérons-nous comme un juge inique ? Comme un ami indifférent ou infidèle ? Ou bien sommes-nous capables de garder confiance et espérance pour demander sans se lasser mais aussi pour accueillir le don de Dieu plutôt que de réclamer ce qui nous fait envie comme un dû ? 

09 Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. 

Il y a ici une invitation à la persévérance qui va bien avec les enseignements précédents : la prière du « Notre Père » incite à demander toujours les mêmes choses au Seigneur ; la parabole de l’ami importun encourage à attendre après la saute d’humeur, et il finit par tout donner. 

Le premier élément « demandez » fait le lien avec la parabole qui précède. Mais les trois verbes décrivent bien la prière : prier : c’est demander à Dieu ce dont nous avons besoin, c’est-à-dire Dieu lui-même. Mais prier : c’est se tourner vers Dieu, essayer de nous approcher de lui, c’est le chercher. Prier enfin : c’est vouloir, dès notre passage sur la terre, nous unir à nos frères ainés qui sont déjà dans le ciel, à commencer par le Christ et la sainte Vierge, avec tous les saints et les anges, il s’agit de frapper aux portes du paradis.  

Surtout cette formulation assure d’un résultat à la prière « on vous donnera… » ce qui fait penser à la promesse du Christ :  

24 C’est pourquoi, je vous le dis : tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez obtenu, et cela vous sera accordé. (Mc 11, 24) 

Et nous ? que faisons-nous dans la prière ? Que demandons-nous ? Que cherchons-nous ? Où frappons-nous ? Quelle foi y mettons-nous ? Croyons-nous que nous l’ayons déjà obtenue ? 

 

10 En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. 

Le Christ insiste sur l’évidence de la réponse à notre prière. Un détail simplement nous saute aux yeux : quiconque demande reçoit, sans doute, mais il n’est pas dit qu’il reçoive ce qu’il demande… Simplement il recevra ! et ainsi nous trouverons mais peut-être pas ce que nous cherchions, on nous ouvrira mais où nous entrainera cette porte ? Pensons dans l’évangile aux mages qui cherchaient un roi et on trouve un enfant pauvre, aux disciples qui attendaient un messie militaire et politique et ont trouvé un crucifié, à tous ceux qui, comme Jacques et Jean, espéraient des honneurs et qui ont vu s’ouvrir pour eux le chemin du martyr… 

Et nous ? Sommes-nous prêts à nous aventurer plutôt sur les chemins de Dieu que sur les chemins des hommes ? Sommes-nous prêts à nous laisser convertir et entrainer là où nous n’aurions jamais pensé aller ? 

11 Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? 

Voici de nouvelles comparaisons qui ne sont plus tout à fait des paraboles mais s’en approchent. Nous restons sur le même thème et le Seigneur nous le montre bien en parlant de rapport père/fils. Il parle aussi de demande et de don, nous sommes dans la prière.  

La question paraît saugrenue : personne, même s’il n’est pas père, ne songe à donner un serpent à la place d’un poisson. 

Mais si nous mettons en lien avec ce qui précède : le père, c’est Dieu ; celui qui demande, le fils, c’est nous. Et nous savons que nous recevrons mais pas toujours ce que nous demandons… Autrement dit : il nous arrive de nous tromper dans nos demandes : nous croyons demander quelque chose de bon, nous croyons que c’est un poisson, mais en fait, c’est mauvais, c’est un serpent ! alors le père honorera la bonne demande mais donnera pas ce que nous attendions qui est mauvais ! 

D’un point de vue symbolique, le poisson est le signe de ralliement des premiers chrétiens qui non seulement joue avec le mot (en grec poisson = ictus dont les lettres sont l’acrostiche de la phrase « Jésus, Fils de Dieu, Sauveur) mais encore se rappelle que dans les multiplications des pains, Jésus a aussi multiplié les poissons pour nourrir les foules et qu’il a promis à ses disciples de devenir des « pécheurs d’hommes », comparant ainsi les sauvés à des poissons. Le serpent représente le diable ou le tentateur. Comment Dieu pourrait-il abandonner entre les mains du diable celui qui se tourne vers lui ? Même s’il se trompe, Dieu lui ouvrira les yeux et lui donnera son véritable amour. 

Et nous ? Avons-nous plus confiance en Dieu qu’en nous-même ? Si nous désirons quelque chose que Dieu ne nous offre pas, lui ferons-nous confiance en sachant que ce n’est pas le meilleur pour nous ? Et si Dieu nous donne ce que nous ne lui avons pas demandé, l’accepterons-nous comme notre chemin de salut ? 

12 ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? 

Formellement, c’est la même affirmation, mais symboliquement l’œuf est symbole de vie à venir et d’espérance, le scorpion est l’ennemi et le traitre, celui qui fait mourir par derrière… 

Et nous ? Bien souvent, nous cherchons plus nos propres intérêts qui peuvent nuire à nos frères… saurons-nous demander à Dieu plutôt la vie et l’espérance ? 

13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » 

Cette conclusion fait le lien avec tout ce qui précède : il est question d’un Père plein de bonté pour répondre à la prière qui le nomme comme tel et qui lui demande beaucoup. Il y a la comparaison entre le Père et nous qui sommes mauvais, comme dans la parabole de l’ami opportun et la comparaison que nous avons faite avec le juge inique. Il y le don ultime qui est toujours l’Esprit Saint, c’est-à-dire Dieu, le bien ultime qui n’est pas toujours ce que nous avons demandé mais qui est toujours le meilleur don que nous puissions recevoir. Nous rappeler que nous sommes mauvais, c’est justifier la nécessiter de prier, de demander, de chercher et de frapper. L’Esprit Saint peut bien nous renvoyer au poisson, symbole d’unité ou à l’œuf, symbole de vie… 

Et nous ? Avons-nous assez de simplicité pour entendre cette conclusion et décider de demander, de chercher l’Esprit Saint et de frapper à sa porte en sachant que Lui seul suffit et que tout le reste nous sera donné par surcroît, si la bonté et la miséricorde de Dieu le trouvent opportun pour nous ?  

En guise de conclusion : C’est donc un magnifique enseignement sur la prière que nous recevons dans ce texte. Tout d’abord le Seigneur nous livre la forme et le contenu de la prière par les paroles du « Notre Père ». Il continue en nous invitant à une confiance persévérante dans la prière, qui est une histoire d’amour qui ne craint pas le refus. Puis il insiste sur la persévérance dans la confiance puisque nous sommes faits pour demander, chercher et frapper en sachant que nous serons exaucés. Et enfin, dans l’abandon et la simplicité, nous sommes invités à reconnaître que nous ne savons pas ce qui est bon pour nous, que nous sommes mauvais, mais que Dieu est bon et sait qu’il nous comblera de ses bienfaits. Or, le plus grand cadeau qu’il nous fasse, c’est son Esprit Saint qui, à lui seul, nous suffit.