Méditer l’évangile du dimanche 25 juillet

Lectio divina du dimanche 25 juillet 2021 (17e ordinaire B)

 

Evangile de Jésus Christ selon St Jean (Jn 6, 1-15)

En ce temps-là, 01 Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade.
02 Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades.
03 Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples.
04 Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
05 Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
06 Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
07 Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. »
08 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
09 « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
10 Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
11 Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.
12 Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »
13 Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
14 À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »
15 Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

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Evangile de Jésus Christ selon st Jean (Jn 6, 1-15)

En ce temps-là, 01 Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade.

Cette localisation a de quoi nous étonner. Le chapitre précédent de l’évangile de St Jean le place en effet à Jérusalem, d’abord pour soigner un paralytique malade depuis 38 ans auprès de la piscine de Bethzatha, puis pour une longue controverse avec ses adversaires sur le témoignage que lui rendent, le Père, les Ecritures, Jean Baptiste…
Les synoptiques placent cet épisode, soit au retour de la première mission des douze (Mc 6, Lc 9), soit après l’annonce du martyr de Jean Baptiste (Mc 6 et Mt 14).
Toujours est-il que Jésus, pour le soin de ses disciples devenus missionnaires et à cause des tensions avec Hérode, tortionnaire et assassin de Jean, décide de s’éloigner des centres, traverse le lac et va vers un endroit plus calme. Ainsi, ceux qui sont là, ne seront que des gens qui ont choisi de suivre Jésus. La foule qui contemple le miracle a d’abord dû faire effort pour suivre Jésus « hors des sentiers battus »

Et nous ? Quels efforts sommes-nous prêts à consentir pour la recherche de Dieu, pour le suivre, pour découvrir son intimité et en vivre ?

02 Une grande foule le suivait,

La mention de la « grande foule a donc toute son importance. Elle montre la notoriété et le succès de Jésus. Elle montre aussi que Jésus, malgré le retrait et l’effort qu’Il demande pour le suivre, reste accessible au grand nombre. Jésus est exigeant mais pas élitiste !

Et nous ? Nous arrive-t-il de penser que la Parole de Dieu, la foi… ne sont pas pour tel ou tel. Que celui-là n’est pas « gagnable au Christ ». Faisons-nous de notre foi un élitisme peut-être orgueilleux ou peut-être paresseux ?

parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades.

Voici que l’évangéliste précise ce qui attirait les foules : ce n’est pas tant les grands discours ou les controverses avec les autorités du moment que les signes et la guérison des malades. Cela permet d’émettre des doutes sur la sincérité des sentiments de cette foule à son égard. Un certain nombre de passages de l’Evangile montrent bien que tout cela est très fragile mais le plus évident sera le retournement de la foule qui l’acclamait aux Rameaux et qui le conspuaient au jour de la Passion (5 jours plus tard).
Jésus n’est pas dupe :
23 Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait.
24 Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous
25 et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme. (Jn 2, 23-25).
Pourtant, il ne leur fait pas non plus la leçon ; au contraire il va encore faire un autre miracle pour eux. Autrement dit, il ne leur fait pas de reproche. Il est en train de les éduquer et comprend donc que le premier mouvement de leur cœur soit aussi extérieur et intéressé. C’est à partir de ce premier intérêt qu’Il va ensuite les enseigner et les enraciner. Tous ne seront pas prêts à dépasser ce stade, ce qui provoquera plus tard une crise et une fuite de beaucoup de gens :
59 Voilà ce que Jésus a dit, alors qu’il enseignait à la synagogue de Capharnaüm.
60 Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? »
61 Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ?
62 Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !…
(…)
66 À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. (Jn 6, 59-62,66)
Mais cette pédagogie nous a aussi valut la belle profession de foi de Saint Pierre :
« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
69 Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » (Jn 6, 68-69)

Et nous ? Sommes-nous de ceux qui se découragent facilement devant les efforts que Dieu demande ? avons-nous de la persévérance ? Avons-nous expérimenté que la Parole de Dieu est source de vie ? Comment saurions-nous décrire ce qui est la motivation de notre foi et qui nous fait persévérer ?

03 Jésus gravit la montagne,

La montagne est le lieu de la rencontre avec le Seigneur. Rappelons-nous du mont Sinaï où Moïse reçut les tables de la loi :
20 Le Seigneur descendit sur le sommet du Sinaï, il appela Moïse sur le sommet de la montagne, et Moïse monta vers lui. (Ex 19, 20)
Mais aussi d’Elie dans sa grotte :
11 Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » (1R 19, 11)

Et nous ? Quelle est notre montagne ? Où rencontrons-nous le plus facilement Dieu, et le plus intensément ? et le plus régulièrement ? et comment, conscients de ces lieux et occasions, cherchons-nous vraiment la fréquentation de notre Dieu ?

et là, il était assis avec ses disciples.

Pour Jésus, le lieu de la rencontre avec Dieu est aussi le lieu où il s’assoit, c’est-à-dire le lieu de son enseignement, sa chaire de Maître de la Loi. Et puis, Il y est assis avec ses disciples. Il veut faire d’eux des enseignants mais Il est aussi le Seigneur qui vient dialoguer avec eux.

Et nous ? Quand voyons-nous Jésus assis près de nous, parmi nous ? Avons-nous la simplicité de lui parler à cœur ouvert ?

04 Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.

Cette phrase semble tout à fait hors contexte. Rien avant ni après ne semble concerner la Pâque. Si l’évangéliste le précise pourtant, c’est qu’il nous invite à faire un lien avec la Pâque. Or cette fête commémorait le passage de Dieu dans le peuple, manifestant sa Gloire et libérant son peuple. Elle se célèbre par un repas rituel, mémorial de la Pâque originel. Cette fois-ci le repas semble moins rituel, et pourtant il y a les questions aux disciples comme les enfants devaient questionner les anciens dans le rituel de la Pâque, puis le fait de les assoir, puis l’action de grâce puis la distribution, et enfin le fait de récupérer tous les restes pour que rien ne se perde. Décrit ainsi, ce qui de premier abord ressemble à l’un de ces pique-niques que nous aimons faire aux beaux jours, devient quelque chose de plus ritualisée…
Jésus présente ou vit ce moment comme une anticipation de la Pâque. Il y préfigure, par le don du Pain, ce qu’Il fera lui-même pour instituer le mémorial de Sa Pâque : l’Eucharistie.

Et nous ? Avons-nous une vie Eucharistique ? Quelles sont les choses qui nous préparent à mieux vivre nos messes dominicales (ou de semaine) et comment ces Eucharisties nous aident-elles à vivre, au jour le jour, et dans les choses les plus banales de nos vies, selon le cœur et la volonté de Dieu ?

05 Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui.

On retrouve encore le regard de Jésus. Il est très important dans les Evangiles : il y a le regard qui appelle pour les disciples :
6 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.
17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » (Mc 1, 16-17)
Le regard d’Amour qui invite à la conversion le jeune homme riche :
21 Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. (Mc 10, 21)
Le regard de compassion posé sur les sœurs et amis de Lazare :
33 Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,
34 et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »
35 Alors Jésus se mit à pleurer. (Jn 11, 33-35)
Le regard qui fait passer de la peur à la foi et à l’espérance :
32 Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela.
33 Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
34 Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » (Mc 5, 32-34)
Le regard qui encourage, relève et donne une nouvelle mission :
26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. (Jn 19, 26-27)
Et puis, il y a comme ici le regard du bon Pasteur :
34 En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. (Mc 6, 34)

Et nous ? Est-ce que nous nous laissons regarder par le Christ ? Est-ce que ce regard nous transforme ? Que serions-nous sans ces regards ? Comment aidons-nous nos frères à découvrir le regard de Dieu sur eux ?

Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » 06 Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.

Il n’est guère habituel de voir Jésus se soucier de question matérielle. Pourtant à ce moment, il semble s’inquiéter des courses, de l’achat du pain. Nous savons pourtant que cela n’est pas un problème pour Jésus :
16 Mais ils discutaient entre eux sur ce manque de pains.
17 Jésus s’en rend compte et leur dit : « Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pains ? Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ?
18 Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! Vous ne vous rappelez pas ?
19 Quand j’ai rompu les cinq pains pour cinq mille personnes, combien avez-vous ramassé de paniers pleins de morceaux ? » Ils lui répondirent : « Douze.
20 – Et quand j’en ai rompu sept pour quatre mille, combien avez-vous rempli de corbeilles en ramassant les morceaux ? » Ils lui répondirent : « Sept. »
21 Il leur disait : « Vous ne comprenez pas encore ? »
Le Christ a le pouvoir de prendre soin et de nourrir qui il veut. Mais il veut pour ses disciples un autre pain :
Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Voilà pourquoi Saint Jean ajoute que c’est une épreuve : Jésus ne s’inquiète pas du pain mais de la foi de la foule et plus encore de Philippe et des 12.

Et nous ? Aujourd’hui, c’est de notre foi que Jésus s’occupe, mais savons-nous accueillir les défis, les épreuves qu’Il nous propose simplement pour nous faire grandir dans la foi ?

07 Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. »

Et voilà que Philippe répond, non à l’épreuve, mais à la question qui cache l’épreuve. Il en reste au matériel quand Jésus interroge sa foi. Il se trompe de registre.

Et nous ? il nous arrive sans doute souvent de ne pas comprendre la Parole, la Volonté ou le plan de Dieu sur nous, mais que faisons-nous alors ? Comment continuer de chercher quand nous semblons perdus ?

08 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :

Voici André, qui vient au secours de Philippe. Nous savons par le début de l’évangile que Philippe est du même village qu’André
Philippe était de Bethsaïde, le village d’André et de Pierre. (Jn 1, 44)
Et nous voyons ailleurs que ces deux-là sont proches :
20 Il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
21 Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »
22 Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus. (Jn 12, 20-22)
L’amitié, la fraternité qui les unit va les pousser à aller plus loin que la simple réponse à la question de Jésus.

Et nous ? sur quel frère (s) comptons-nous pour progresser en sainteté. Et nos frères peuvent-ils compter sur nous pour cela ? Concrètement, qui nous sollicite pour ce chemin fraternel de sainteté ?

09 « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »

Voici les deux caractéristiques de cette réponse d’André : Il offre ce qu’il a (disponibilité, générosité) et en reconnait la pauvreté (humilité). Il comprend que sa réponse n’est pas satisfaisante par rapport à la question posée ; il n’est pas encore dans la foi, mais il veut détourner la conversation par rapport à l’embarras de son ami, et il présente avec simplicité son impuissance à Jésus. Cet Amour et cette humble simplicité sont les prémices de la foi. Il manque encore la confiance, et la conscience de la toute-puissance que chacun acquerra grâce aux miracles qui viennent, de telle sorte qu’avec les foules ils diront :
« C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. (infra 15) 

Et nous ? Quelles sont nos qualités, nos vertus ? Qu’est-ce qui nous prédisposera à recevoir la foi qui vient de Dieu, à la recevoir encore et toujours ?

10 Jésus dit : « Faites asseoir les gens. »

Ainsi Jésus était assis pour enseigner et les gens debout pour écouter et apprendre. La chaire du Seigneur est cette montagne, mais les foules sont dynamiques et désireuses d’apprendre, debout, tendues vers le maître et vers sa Parole…
Notez qu’il n’est sans doute pas si facile de faire assoir une foule qui a faim et pas de ressource pour espérer se nourrir sur place. Les disciples engagent donc leur crédibilité quand Jésus demande qu’on s’asseye…

Et nous ? Sommes-nous des auditeurs assoiffés et dynamiques de la Parole de Dieu ?
Sommes-nous prêts à tout risquer, même notre propre réputation, pour que la Parole soit entendue, la grâce reçue ?

Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.

Il y a donc un certain confort : quand Jésus prend soi, il prend vraiment soin ! Le nombre est impressionnant. Peut-être faut-il le mettre en relation avec celui des pains : 5 pains, 5 mille hommes… Peut-être aussi nous arrêterons nous sur la symbolique du 5. Il parle souvent du corps ou des passions corporelles de l’homme : les 5 sens… Mais la femme Samaritaine avait eu 5 maris… N’oublions pas non plus que les livres de la Loi, ceux qui sont sensés régler le comportement de l’homme face à Dieu sont au nombre de 5 !

Et nous ? Sommes-nous bien conscients que nos corps sont impliqués dans notre chemin de sainteté et pas seulement nos âmes (nous ne sommes pas des anges) ? Sommes-nous prêts à nous conformer à une Loi qui vient de Dieu et oriente nos vies, nos habitudes… Sommes-nous comme la Samaritaine, en perpétuelle recherche d’assouvir nos désirs ? Mettons-nous le plaisir au-dessus du Bien, du Bon, du Beau ?

11 Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ;

Voyez comme cette description est proche de ce qui se fit au soir de la Cène :
« Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples. » (Mt 26, 26)
Mais ne confondons pas tout : Ce n’est pas là la première Eucharistie mais un miracle qui la préfigure et nous permet d’en mieux saisir le sens : Le Christ est bien celui qui prend soin et qui nourrit. Sa nourriture vient du monde mais elle est bien plus que cela. Nous ne pourrons recevoir cette nourriture que si nous sommes dans la foi, l’humilité, l’Amour et le don total de ce que nous avons et même de ce que nous sommes au Seigneur.

Et nous ? devant le mystère insondable de l’Eucharistie, que faisons-nous pour mieux en vivre ? Comment approfondir notre connaissance et notre expérience eucharistique, pour que toute notre vie y trouve sa source et son sommet (cf. Lumen Gentium 2)

il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.

Les poissons ne sont que deux. Au point où ils en sont, le nombre n’a plus d’importance tant la disproportion est grande entre ce qu’ils ont et ceux qui attendent. La disproportion est celle qui existe entre ce que nous offrons et ce que Dieu donne. Et encore faut il se rappeler que même ce que nous offrons, nous le tenons du Seigneur. L’expression « autant qu’ils en voulaient » semble accréditer un repas abondant, presque exagéré, en contraste total avec la rareté des poissons au départ.

Et nous ? Avons-nous foi dans la généreuse miséricorde de Dieu ? En demandons-nous toujours plus ? Sommes-nous conscients que c’est le seul moyen de progresser sur le chemin de la sainteté ?

12 Quand ils eurent mangé à leur faim,

On retrouve ici le soin que Dieu prend de son peuple, le soin que Jésus prodigue à ses disciples, à cette foule.

Et nous ? Est-ce que nous acceptons et même sollicitons les soins du Seigneur ? Par exemple : où en sommes-nous de notre pratique sacramentelle ? Savons-nous, quand le péché nous a blessés, solliciter les soins de la miséricorde divine par le sacrement de Réconciliation ?

il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »

Générosité n’est pas gaspillage, abondance ne rime pas avec irresponsabilité. Dans le repas de la Pâque également, les consignes étaient strictes pour que tout soit mangé dans la nuit ou offert à Dieu par le feu pour ce qui restait. Cette fois, le Christ est bien attentif, mais ce n’est pas tant de la matière que de l’attitude de respect et de responsabilité de ses disciples.

Et nous ? Que faisons-nous des grâce que Dieu nous accorde ? Comment usons-nous des biens qu’Il nous donne ? savons-nous partager, donner ? Quel témoignage portons-nous de sa grâce en nous ? Sommes-nous des apôtres ?

13 Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.

Il y en a plus à la fin qu’au début malgré le grand nombre de convives. Ainsi le doute n’est plus permis sur la réalité du miracle. Notons encore le chiffre douze, symbole du Peuple de Dieu : 12 tribus en Israël, 12 apôtres pour fonder l’Eglise, 144 000 (12x12x1000) sauvés dans la vision du Ciel, 12 portes de la Jérusalem céleste… D’une foule affamée, Jésus fait son Peuple rassasié et dans l’abondance !

Et nous ? Appartenons-nous à ce Peuple ? Qu’est-ce qui nous unit à nos frères ? Pouvons-nous nous remémorer une expérience de communion vraie et intense avec nos frères chrétiens ?

14 À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »

Et voici que ce peuple est unifié non pas tant par ce qu’il vient de manger, que par la foi qui surgit de ce miracle.
Le prophète annoncé fait référence à la promesse faite à Moïse :
18 Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. (DT 18, 18)
L’expression « celui qui vient » est habituelle : ainsi Marthe dit au Seigneur :
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » (Jn 11, 19
La foi est donc celle de l’accomplissement en Jésus des promesses faites par Dieu à travers la bouche des prophètes.

Et nous ? Comment exprimerions-nous notre foi ? Quel en est le cœur ? Comment en témoigner simplement, directement, efficacement autour de nous ?

Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ;

La foi est réelle : ils parlent de Jésus comme le grand prophète et même le Messie, celui qui doit venir. Mais si la foi est réelle, elle est encore confuse, et ne fait pas de distinction entre ce monde et le Ciel, entre la terre et le Royaume. Ils ont une foi où la dimension matérielle et temporelle est encore trop omni présente et envahissante. Comment s’en étonner quand les disciples, eux-mêmes, en sont encore-là après la Résurrection ? 
06 Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? »
07 Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité.
08 Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1, 7-8)
C’est L’Esprit-Saint qui fera donc passer à la foi spirituelle véritable.

Et nous ? Quelle est notre espérance ? Est-ce que nous attendons de Dieu des signes et du réconfort pour ce temps et ce monde ? Est-ce que nous lui demandons aussi de nous préparer à la joie éternelle dans l’autre monde ? Lui demandons-nous son Esprit-Saint qui renouvellera la face de la terre et nos cœurs ?

alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

Puisque c’est l’œuvre de l’Esprit, ce n’est pas celle du Fils qui patiente donc et se retire seul, non comme un solitaire, mais comme celui qui cherche Dieu et s’appuie sur Lui seul.

Et nous ? Savons-nous prendre nos distances parfois si nécessaires pour nous recentrer sur l’essentiel ?

En guise de conclusion.
Jésus prend donc aujourd’hui un soin tout particulier des foules en les nourrissant et de ses disciples en les mettant à l’épreuve. Il nous montre où doit être notre faim véritable et notre espérance ultime. Il se montre à la fois comme le bon Pasteur et celui qui exige de nous, confiance, humilité et disponibilité. Sa générosité est sans limite : il nous suffit d’avoir foi en lui et de lui déposer nos vies. Cela suffit mais est-ce si simple ? y arrivons-nous ? Recommençons-nous autant de fois que nous avons échoué ? Si le projet du Seigneur n’est jamais seulement matériel, saurons-nous nous appuyer sur les biens qu’il nous donne pour l’accueillir, Lui, Le Bien qui Se donne ?