Méditer l’évangile de dimanche

Lectio Divina du dimanche 11 avril 2021 « La divine miséricorde »,

Evangile de Jésus Christ selon st Jean (Jn 20, 19-31)

19 Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

21 Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.

23 À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.

25 Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »

27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

28 Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

30 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.

31 Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

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Evangile de Jésus Christ selon st Jean (Jn 20, 19-31)

19 Le soir venu, en ce premier jour de la semaine,

Comme pour l’Evangile de Pâques, le récit commence par la mention du premier jour de la semaine. L’évangéliste insiste toujours sur le temps et sur la recréation : la Résurrection initie une nouvelle semaine après celle de la Création. Notons encore que l’insistance permet de saisir tout ce qui s’est passé ce premier jour, l’urgence d’annoncer la Bonne Nouvelle de la victoire sur la mort.

Et nous ? Ressentons-nous, comme des disciples-missionnaires, le désir et l’urgence d’annoncer et de partager la Bonne Nouvelle ?

alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs,

Voici l’état d’esprit des disciples : enfermés dans la crainte. Il s’agit d’un lieu bien sûr, mais plus encore de leur état psychologique. C’est dans leurs peurs qu’ils sont enfermés. Peur des juifs qui ont crucifié Jésus, bien sûr ! mais aussi peur de s’être trompés et d’avoir perdu leur temps avec Celui qu’ils espéraient comme Roi et qui a fini comme un bandit ! Peut-être aussi peur de se disperser et se retrouver seuls face à leur désillusion, leur désespoir… Ou peur d’être les premiers à renoncer comme s’ils savaient que tout est fini mais qu’ils ne l’acceptaient pas encore…

Et nous ? Quelles sont nos peurs ? Les disciples n’avaient pas encore reçu la bonne nouvelle du Ressuscité ; c’est pourquoi ils n’avaient pas encore la foi, mais nous ? Nous qui savons par des témoignages ininterrompus depuis 2000 ans, qu’est-ce que la foi doit encore purifier et fortifier en nous ? Quels combats menons-nous ? et quels combats refusons-nous de mener comme s’ils étaient perdus d’avance ?

Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.

On peut bien sûr noter le phénomène miraculeux d’un Jésus que les portes fermées ou les murs n’arrêtent pas. Cela nous révèle quelque chose du corps glorieux du ressuscité : l’espace est à lui ; il est là où il veut et non là où il peut. Ce corps tout entier au service et en adéquation avec l’âme du ressuscité se trouve précisément où il aime, où il se révèle, sans se soucier d’obstacles ou d’enfermements. Et précisément, la Bonne nouvelle du Ressuscité n’est pas seulement qu’Il est vivant mais qu’il Vient ! Ce n’est pas seulement qu’Il est ressuscité mais qu’Il vit au milieu d’eux, au milieu de nous !

Mais nous ? avons-nous assez de foi pour le découvrir vivant parmi nous ? L’aimons-nous assez pour le laisser venir dans nos cœurs, nos maisons, nos familles ?

Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Comment ne pas faire le parallèle avec les promesses des évangiles de l’enfance : la prophétie de Zacharie dans le Bénédictus :
« Quand nous visite l’astre d’en-haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. » (Lc 1, 78-79)
Mais aussi les anges aux bergers :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » (Lc 2,14)
Ou l’Esprit au vieillard Syméon :
« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. » (Lc 2,29)
La promesse de la paix est le sens même de la Bonne Nouvelle, mais cette paix n’est pas seulement tranquillité ou coexistence entre frères, elle est d’abord réconciliation avec Dieu dans le sacrifice du Fils unique.

Et Nous ? après avoir affronté nos peurs, pouvons-nous regarder la paix que Dieu nous donne ? quels sont nos motifs de joie, de sérénité, de paix ? Qu’est-ce qui rend aujourd’hui nos vies heureuses, qu’est-ce qui leur donne du sens ?

20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.

Les disciples voient le Seigneur ressuscité mais cela ne leur suffit pas. Ils ont encore besoin de signes. La vision n’a pas de sens en elle-même, mais les signes lui donnent ce sens, la rendent compréhensible. Cet homme au milieu d’eux, comment pourraient-ils reconnaître en lui celui qu’ils ont vu mort ? Mais les plaies montrent bien que c’est celui qui était sur la Croix ! Le signe du Crucifié révèle le Ressuscité !

Et nous ? Quels signes découvrons-nous dans nos vies pour croire au Christ ressuscité vivant au milieu de nous ? Les Sacrements. La Parole méditée, priée et partagée ? La fraternité avec tous les baptisés ? Le service de tous nos frères humains ?

Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Ils ne sont pas effrayés de voir un « fantôme », mais ils sont dans la joie de voir le Ressuscité. L’évangile nous les a montrés plus timorés :
«  En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. » (Mt 14,26)
Mais maintenant, ils connaissent Jésus et le savent maître de ce monde, y compris de la vie. Et puis, ils ont eu les signes avec la vision. Ils n’ont plus à chercher un sens mais juste à accueillir et à se réjouir.

Et nous ? Ne mettons-nous pas nos intelligences en obstacle à notre joie quand nous voulons toujours plus de preuves et de certitudes, quand le Seigneur nous offre plutôt des signes et des évidences ? La science serait-elle le tout de la connaissance ? Accepterons-nous de connaître plus par le cœur que par la tête ?

21 Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous !

L’insistance est forte. L’invitation à la paix ne vient plus pour réconforter leur stupeur de le voir vivant mais après leur joie de l’avoir reconnu ! Peut-on avoir trop de joie dans le Seigneur ressuscité ? Ou bien devrons-nous rapprocher de l’apparition à Marie Madeleine :
« 16 Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître.
17 Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. » (Jn 20, 16-17)
Marie Madeleine, dans un élan trop humain, veut toucher et retenir celui qui n’est déjà plus de ce monde… Les disciples dans leur joie risquaient de ne pas recevoir la vraie paix que Jésus leur donnait…

Et nous ? qu’attendons-nous vraiment du Seigneur ? Le bonheur de ce monde ? Ou la béatitude éternelle dans l’autre ?

De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

Ils sont nombreux les textes où Jésus avait expliqué qu’Il était venu envoyé par le Père, par exemple et seulement dans l’Evangile de Saint Jean :

  • «17 Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
  • 34 En effet, celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu lui donne l’Esprit sans mesure.
  • 34 Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.
  • 23 afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui ne rend pas honneur au Fils ne rend pas non plus honneur au Père, qui l’a envoyé.
  • 24 Amen, amen, je vous le dis : qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, obtient la vie éternelle et il échappe au jugement, car déjà il passe de la mort à la vie.»

Et ainsi plus de 44 fois dans ce seul évangile !
Je rapproche plus particulièrement de trois citations :

  • «18 De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
  • 21 Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
  • 23 moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.»

La première, tirée de la prière du Christ avant sa Passion, est exactement la même que ce que nous regardons maintenant.
La seconde montre la finalité de cet envoi des disciples : la foi en l’Envoyé par excellence.
La troisième fait comprendre le fond de tout ceci : l’unité des disciples avec le Christ est comparable à l’unité du Fils avec le Père. Ainsi nous nous découvrons fils bien-aimés nous aussi et nous devenons des signes pour la multitude, le monde, ceux qui ne croient pas encore au Fils.
Le Christ Ressuscité est donc en train de rappeler aux disciples que leur mission première est d’être témoins de l’Amour du Dieu trinitaire pour chacun de ses enfants.

Alors ? Contemplons-nous suffisamment l’Amour qui est en Dieu, l’Amour qui vient de Dieu pour en être témoins auprès de tous et en toutes circonstances ?

22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. »

Chez Saint Jean, il n’y a pas de séparation temporelle entre la Résurrection et la Pentecôte. Les témoins de la Résurrection reçoivent aussitôt l’Esprit Saint. Saint Luc déploie ce mystère en 50 jours… La seule chose vraiment importante est de comprendre que Mort, Résurrection, Ascension et Pentecôte sont un seul et même mystère de Salut par le Christ pour tous les hommes.

Alors ? Témoins du Ressuscité, serons-nous aussi des messagers de l’Esprit ?

23 À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ;

Quelle surprise ! Jésus ne leur parle pas d’abord de sa Résurrection ; Il ne va pas d’abord leur ouvrir l’intelligence des Ecritures comme il l’a fait avec les disciples d’Emmaüs par exemple. La première chose qu’il fait, c’est de leur donner le pouvoir de remettre les péchés ! Comment expliquer cela ? Faut-il l’expliquer ? Ne devons-nous pas seulement contempler et écouter ? Faut-il vraiment comprendre ou simplement accueillir et accepter que pour le Ressuscité, il y a trois cadeaux à faire d’urgence à son Eglise naissante : la Paix, l’Esprit et le Pardon.
Et comment s’en étonner ? N’avons-nous pas dit que la paix véritable était la réconciliation avec Dieu (qui passe donc forcément par le pardon des péchés et s’achève par la vie dans l’Esprit) ? N’avons-nous pas dit que le don de l’Esprit est l’achèvement du mystère pascal du Christ qui s’offre en sacrifice saint qui plait à Dieu, qui réconcilie avec Dieu ? Jésus lui-même l’explique aux disciples d’Emmaüs :
« 46 Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
47 et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. »
Il y a donc un lien direct entre ces trois cadeaux et la Résurrection du Seigneur : ils sont la manifestation des motivations et des buts du sacrifice et de la Résurrection.

Alors ? Saurons-nous regarder notre vie avec ce triple point de vue pour savoir si nous sommes des disciples ? Suis-je dans la paix ? Est-ce que j’essaie de vivre dans l’Esprit ? Est-ce que je reçois le pardon de Dieu en demandant à ses disciples (à leur successeurs) de me remettre mes péchés ?

à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » 

Surprise plus grande encore ! Si les disciples ont reçu le pouvoir de remettre, ils ont aussi la possibilité de maintenir les péchés… On s’insurge parfois de confesseurs qui ne donnent pas l’absolution : « de quel droit ? qui sont-ils pour juger ? »
Le droit leur est donné en même temps que le pouvoir par Jésus Ressuscité ! Le prêtre, comme instrument du Pardon de Dieu, n’est ni un distributeur automatique de grâce, ni un esclave de la communauté et de ses membres qui veulent le pardon… Le prêtre est d’abord un serviteur de Dieu, envoyé vers le peuple pour être, en son milieu, présence du « Christ-tête » pour le corps qui est l’Eglise. Il est donc établi comme bon gérant de la grâce de Dieu, comme le dit Saint Pierre :
« 10 Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, en bons gérants de la grâce de Dieu qui est si diverse :
11 si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme pour des paroles de Dieu ; celui qui assure le service, qu’il s’en acquitte comme avec la force procurée par Dieu. Ainsi, en tout, Dieu sera glorifié par Jésus Christ, à qui appartiennent la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. » (1 Pi 4, 10-11)
Le critère de la bonne gestion n’est pas d’avoir répondu aux désirs des hommes, mais d’avoir contribué à « glorifier Dieu dans le Christ ». Peut-être pensons-nous que toute personne, qui demande le pardon, manifeste le désir de réconciliation qui « glorifie Dieu », mais il appartient au prêtre d’évaluer s’il y a repentance ou simple désir extérieur et mécanique voire hypocrite d’une réconciliation qui n’a rien avoir avec une conversion ou un amour ; (rappelez-vous l’expression ancienne « j’ai fait mes pâques » où nombre de chrétiens vivaient un beau temps de repentance, mais où certains ne voyaient qu’un devoir pour être en règle : « je suis passé à confesse… »). Il appartient au prêtre de vérifier le désir de s’amender et de changer (peut-être n’y arriverons-nous pas mais du moins en avons-nous le désir sincère). Ainsi, au paralytique de la piscine de Bethzata, Jésus déclare :
« Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire. » (Jn 5, 14)
Et plus explicitement encore :
« 43 Quand l’esprit impur est sorti de l’homme, il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer, et il ne trouve pas.
44 Alors il se dit : “Je vais retourner dans ma maison, d’où je suis sorti.” En arrivant, il la trouve inoccupée, balayée et bien rangée.
45 Alors il s’en va, il prend avec lui sept autres esprits, encore plus mauvais que lui ; ils y entrent et s’y installent. Ainsi, l’état de cet homme-là est pire à la fin qu’au début. Voilà ce qui arrivera à cette génération mauvaise. » (Mt 12, 43-45)
Le pardon fait sortir l’Esprit impur du pécheur, mais s’il n’y a pas de repentance, pas de désir de changer, alors l’état final sera pire que l’état initial ! Quels critères peuvent avoir des confesseurs ? Le bénéfice du doute est toujours pour le pénitent mais si celui-ci n’est pas dans la vérité (car il cache des péchés volontairement ou en invente …), la demande n’est pas vraie ; la réponse en dépend. Si le pénitent n’a pas de repentance, qu’il ne regrette pas, qu’il ne veut pas changer… le demande de réconciliation n’est pas vraie, la réponse en dépend. Si le pénitent s’est mis en rupture avec la vie de la grâce sacramentelle en lui : apostasie de son baptême, sacrilège de l’Eucharistie, rupture avec le sacrement du mariage, refus de faire pénitence après la réconciliation… alors la grâce lui est inaccessible, non par refus du prêtre, mais à cause de sa situation à lui.
Comme je l’ai dit, en cas de doute, le bénéfice est toujours pour le pénitent. Le prêtre n’a pas à être intrusif, juge, ou bourreau, mais seulement « le bon gérant de la grâce de Dieu »

Et nous ? Avons-nous recours à cette grâce ? Nous mettons-nous en vérité devant Dieu non seulement pour nous reconnaître pécheurs mais aussi et surtout pour Le laisser nous réconcilier avec Lui, et nous mettre en route vers une conversion et une sanctification véritable ? Un simple petit pas peut nous remettre dans le bon chemin, mais le ferons-nous ?

24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.

Il s’appelle Didyme, le jumeau, peut-être est-ce une invitation à devenir son jumeau ?
Il n’est pas là… cela nous montre que lui, n’est pas enfermé par ses peurs ! Thomas est courageux et décidé, il l’a déjà montré :
« 16 Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » (Jn 11, 16)
Voyez comme il l’aimait et n’avait peur de rien avec Jésus. Voyez que lui ne se cache pas par peur ; il n’était pas enfermé avec les autres.

Et nous ? Sommes-nous de ces disciples qui préfèrent rester cachés au milieu des autres, enfermés dans nos peurs ? Ou bien savons-nous courageusement nous ouvrir au monde, à l’extérieur ? Sommes-nous missionnaires ?

25 Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! »

Ils avaient peur mais du moins sont-ils témoins. Malgré l’extravagance de ce qu’ils ont vu et vécu, ils racontent, ils témoignent. Peut-être est-ce plus facile vis-à-vis d’un disciple, d’un ami, mais celui-ci n’est pas réceptif et ils témoignent tout de même.

Et nous ? quel genre de témoins sommes-nous ? Pouvons-nous commencer par nos plus proches, ceux que nous aimons le plus, pour être prêts à le faire avec d’autres quand l’occasion se présentera ?

Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Voyez son caractère entier et résolu. Voyez aussi que l’amitié et la proximité ne suffisent pas toujours et que la Bonne Nouvelle n’est pas toujours accueillie, même si elle est Bonne !

Et nous ? Quels sont nos refus ? N’avons-nous pas certaines limites du style : « je veux bien croire en Jésus Fils de Dieu mais de là à dire que… (il a marché sur les eaux, il a multiplié les pains, il a commandé à la tempête, il a ressuscité Lazare, Il est ressuscité, Il se donne vraiment dans le pain Eucharistique…) ça non ! Sommes-nous prêts à accueillir la Bonne Nouvelle dans son ensemble (Jésus oui, mais l’Eglise, mais les sacrements, mais la messe, mais la Sainte Vierge…) ?

26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux.

Jésus prend son temps pour vaincre l’incrédulité de Thomas. Mais les disciples n’ont pas chassé celui qui ne croyait pas, et Thomas n’a pas fui ce groupe qui disait de telles extravagances. La communion fraternelle est le lieu où se prépare la conversion de Thomas.

Et Nous ? Donnons-nous le temps et la chance à chacun de se convertir ? Sans cesser d’annoncer la Bonne Nouvelle, savons-nous accepter ceux qui n’arrivent pas encore à y adhérer ?

Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »

Tout recommence comme avant. Le Seigneur est constant, et l’incroyance de Thomas ne modifie pas son comportement : Il vient, il vit au milieu d’eux, il donne sa paix à tous, même à l’incrédule !

Alors ? Saurons-nous avoir assez de confiance en Jésus pour continuer de nous présenter devant Lui malgré nos infidélités et nos refus ? Et aurons-nous la persévérance de continuer à lui présenter même ceux dont nous n’espérons plus la conversion ?

27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté :

Jésus connaît Thomas ! Il connaît même ses demandes avant qu’il ne les formule. Désormais Ressuscité, Jésus partage l’omniscience du Père. Et il répond à sa demande avec précision et totalement. Ce qui était sans doute un peu de la provocation de la part de Thomas devient invitation et tendresse de la part de Dieu : « Touche-moi, même au plus intime, dans les plaies de mon amour, là où l’homme m’a le plus rejeté ou manqué de respect ! »

Et nous ? Sommes-nous attentifs aux appels de Dieu ? Sommes-nous capables de répondre présents même à ce qui nous surprend, nous dépasse ?

cesse d’être incrédule, sois croyant. »

C’est la première fois que Jésus invite à la foi. Il a donné la paix, l’Esprit et le pardon, mais il n’avait rien demandé. A Thomas, il demande la foi ! Il le fait aussi aux disciples d’Emmaüs : « comme votre cœur est lent à croire (cf Lc 24, 25) mais c’était en lien avec les prophètes. Ici, c’est la foi en Lui tout simplement. C’est une adhésion à l’homme, au Fils de Dieu, au Ressuscité qui lui est demandée, sans fioritures, sans autre moyen ou signe, la foi et seulement la foi.

Et nous ? Quelle est la force de notre foi ? De quoi avons-nous besoin pour croire ? Est-ce que Dieu seul nous suffit ? Avons-nous sans cesse besoin de nouveaux signes, de nouvelles consolations ? Sommes-nous dans la contemplation du mystère qui transforme notre vie ou dans la recherche très (trop ?) sensible de grâces et de bienfaits divins ?

28 Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Quelle belle profession de foi ! Comment ne pas la mettre en regard avec celle de Saint Pierre :
16 Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16)
Notons que Saint Pierre ne voyait peut-être pas encore l’étendue de sa profession de foi alors que c’est en toute connaissance, face au Ressuscité, que Thomas déclare Jésus comme son Dieu !

Et nous ? Si on nous demande de rendre compte de notre foi, que dirons-nous ? Et quand nous professons notre foi, le faisons-nous avec notre tête seulement ou bien comme Thomas, le ferons-nous de tout notre cœur ?

29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Jésus avait loué Simon Pierre pour sa foi :
« 17 Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » (MT 16, 17)
Mais pour Thomas, il semble relativiser. Il ne lui reproche rien et il reconnaît sa foi, mais Il commence par rappeler que sa foi ne vient que de la vision, et il insiste sur la béatitude de ceux qui croient sans voir. Peut être est-ce une invitation à une foi plus détachée… Mais peut-être aussi que celui qui, comme les autres disciples, deviendra ministre de la Miséricorde, du pardon de Dieu, devrait, non seulement professer sa foi, mais aussi reconnaître qu’il n’a pas su croire avant d’avoir vu, croire ce que ces amis et frères lui annonçaient. Jésus invite à une foi plus humble et plus communautaire.

Et nous ? avec qui et par qui nous laissons-nous nourrir dans la foi ?

30 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.

L’évangéliste insiste plus sur les signes que sur la vision. D’ailleurs, il ne parle pas tant ici de l’apparition que de l’ensemble de ce qu’il a écrit dans son évangile. Notre foi ne repose pas sur des visions ou sur des preuves scientifiques ; elle est fondée sur la rencontre avec une personne qui nous a fait comprendre par des signes qui elle est : le fils de l’Homme, vrai homme et le Fils de Dieu, vrai Dieu. Le signe par excellence est le mystère pascal : par sa mort, il s’est montré l’un de nous ; par sa victoire, il s’est révélé Dieu vivant.

Alors ? Que retenons-nous de l’Evangile : qui est pour nous ce Jésus qui nous y est présenté ? Qui est-il d’après ce livre, d’après ce que nous en comprenons, d’après notre foi, d’après notre expérience ?

31 Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,

Le but de l’écrivain est de susciter en nous la foi. Le livre n’est ni une biographie, ni un livre d’histoire. Il dit la vérité mais pas toute la vérité : ce serait trop et sans doute inutile. Il dit la vérité qui nous ouvre le cœur comme l’intelligence et qui nous donne à contempler La Vérité.

Et nous ? sommes-nous des chercheurs de cette Vérité ? nous laissons-nous ainsi séduire, convaincre, conduire vers Celui qui est La Vérité ?

et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

La foi n’est pas une fin en soi ; il y a le Salut et la vie éternelle ; c’est cela la finalité de nos vies. C’est pour cela que Jésus est « sorti », qu’Il est « envoyé du Père », qu’il a « donné sa vie », qu’Il a triomphé de la mort.

Et nous ? Nous laisserons-nous transformer jusqu’à devenir des Fils de Dieu ?

En guise de conclusion : les disciples passent de la peur à la joie et de la joie à la foi. Pour cela, Jésus commence par venir à eux, les rencontrer personnellement. Ensuite, il leur offre sa paix, l’Esprit Saint et le pouvoir de dispenser la Miséricorde de Dieu en réconciliant les hommes avec Lui. Thomas, disciple aimant et courageux, a pourtant résisté à la foi, mais le Christ s’offre même aux réticents. Il vient par ces signes vaincre son incrédulité. Il nous encourage ainsi à ne désespérer ni de nous-même, ni de personne. Il préfère que nous le reconnaissions Lui, tel qu’il est, comme la réalité du Salut qui vient jusqu’à nous et comme le signe qui nous est donné pour que nous puissions accueillir ce Salut. Tel est le but visé par l’évangéliste : permettre que cette vocation/mission du Christ perdure dans son Eglise jusqu’à nous.